Sur les traces de l’indépendance américaine à Paris : statues, traités et lieux de mémoire

En 2026, les États-Unis fêtent les 250 ans de leur indépendance. Mais cette histoire ne se lit pas seulement de l’autre côté de l’Atlantique. À Paris aussi, elle a laissé des traces. Des plaques discrètes, des statues, des bustes, des monuments, des tombes, des mémoriaux.

Certaines adresses racontent la guerre d’indépendance. D’autres prolongent le fil de l’amitié franco-américaine jusqu’au XXe siècle, surtout autour de la Première Guerre mondiale. Du 4 place de la Concorde au cimetière américain de Suresnes, voici les lieux qui rappellent que Paris a aussi compté dans l’histoire des États-Unis.

Deux adresses où l’indépendance américaine s’est vraiment jouée

Plaque Traité de Paris, 56 rue Jacob, Paris
Plaque Traité de Paris, 56 rue Jacob, Paris

Avant les statues et les grands symboles, deux adresses parisiennes racontent le cœur de cette histoire. La première se trouve au 4 place de la Concorde. Dans l’ancien Hôtel de Coislin, les traités franco-américains du 6 février 1778 sont signés. La France ne s’engage pas par simple sympathie. Depuis la guerre de Sept Ans, elle cherche aussi à affaiblir son grand rival britannique. Après une aide d’abord discrète aux insurgés américains, elle officialise son soutien.

Ce jour-là, les États-Unis obtiennent beaucoup plus qu’un encouragement. Ils gagnent la reconnaissance d’une grande puissance européenne, une aide militaire, une flotte et des moyens financiers. Leur révolte devient un conflit international.

La seconde adresse est plus discrète encore : 56 rue Jacob, dans le 6e arrondissement. Une plaque rappelle la signature du traité de Paris du 3 septembre 1783. Cette fois, la guerre s’achève officiellement : la Grande-Bretagne reconnaît l’indépendance des États-Unis. En quelques années, Paris aura donc vu deux moments clés : l’alliance qui rend la victoire possible, puis le traité qui la consacre.

Aujourd’hui, on peut passer devant ces deux lieux sans rien voir. Pourtant, une partie de l’histoire américaine s’est jouée là, dans Paris.

La Fayette, le Français devenu héros américain

Dans cette histoire très diplomatique, La Fayette apporte un visage. Né Gilbert du Motier, marquis de La Fayette, il part jeune soutenir les insurgés américains et combat aux côtés de George Washington.

À Paris, son souvenir apparaît à plusieurs endroits. Sa tombe se trouve au cimetière de Picpus, dans le 12e arrondissement, où flotte encore un drapeau américain. Sur le terre-plein central du Cours la Reine, près du Grand Palais, sa statue rappelle son rôle de « compagnon d’armes de Washington ». Plus à l’ouest, place des États-Unis, dans le 16e arrondissement, le monument à La Fayette et Washington met en scène cette amitié militaire et politique.

Statue de Condorcet
Statue de Condorcet

À travers ce Français, le lien franco-américain prend une forme plus humaine. Derrière les traités et les plaques commémoratives, il y a aussi des engagements personnels, des combats partagés et un jeune aristocrate français devenu l’un des héros de l’indépendance américaine.

Place des États-Unis : le coin le plus franco-américain de Paris

Dans le 16e arrondissement, la place des États-Unis concentre plusieurs repères de la mémoire franco-américaine. Le square Thomas-Jefferson donne déjà le ton, avec un nom qui renvoie directement à l’un des grands visages de l’indépendance américaine.

Tout près, le Monument aux Volontaires américains rappelle les soldats venus des États-Unis pour combattre aux côtés de la France pendant la Première Guerre mondiale. La statue de La Fayette et Washington, réalisée par Auguste Bartholdi et offerte par le journaliste américain Joseph Pulitzer, montre les deux hommes côte à côte : le général américain et le jeune officier français engagé dans la guerre d’indépendance.

Dans le même square se trouve aussi la statue d’Horace Wells, dentiste américain et pionnier de l’anesthésie. Il n’a pas de lien direct avec 1776. Sa présence rappelle que Paris honore aussi d’autres figures américaines, liées à la science, à la médecine et aux échanges entre les deux pays.

@ Tripadvisor, Monument aux Volontaires Américains
@ Tripadvisor, Monument aux Volontaires Américains

Jefferson, Lincoln et la Statue de la Liberté : les grands symboles américains dans Paris

À Paris, l’histoire américaine se lit aussi dans quelques grandes figures installées dans l’espace public. Sur le quai Anatole-France, près de la passerelle Léopold-Sédar-Senghor, la statue de Thomas Jefferson rappelle le séjour parisien de l’un des auteurs de la Déclaration d’indépendance. L’emplacement fait aussi écho à son goût pour l’architecture française : Jefferson avait admiré l’Hôtel de Salm, aujourd’hui palais de la Légion d’honneur, tout proche.

Dans le 8e arrondissement, au 4 place Paul-Émile-Victor, le buste d’Abraham Lincoln honore un autre président américain majeur. Avec lui, Paris rend hommage à la figure de l’Union et de l’abolition de l’esclavage.

Reste le symbole le plus célèbre : la Statue de la Liberté ou La Liberté éclairant le monde imaginée par Auguste Bartholdi et offerte par la France aux États-Unis. Elle incarne à la fois la liberté, l’amitié franco-américaine et les idéaux républicains. À Paris, plusieurs lieux rappellent cette célèbre statue. Sur l’Île aux Cygnes, une grande réplique regarde vers New York. Au jardin du Luxembourg, la statue visible aujourd’hui est une copie : elle remplace le modèle réduit de Bartholdi, installé dans le jardin en 1906, puis transféré au musée d’Orsay en 2012. Près du pont de l’Alma, la Flamme de la Liberté reprend la flamme de la statue new-yorkaise.

@actu.fr, Statue de la Liberté sur l’île aux Cygnes
@actu.fr, Statue de la Liberté sur l’île aux Cygnes

Les lieux de mémoire du XXe siècle

On quitte ici l’indépendance américaine au sens strict. Au XXe siècle, la relation franco-américaine s’écrit surtout autour de la Première Guerre mondiale.

À Suresnes, le cimetière américain de Suresnes, au 123 boulevard Washington, occupe trois hectares sur le versant du Mont-Valérien. Il rassemble les tombes de 1 559 soldats américains morts pendant la Première Guerre mondiale et de 24 soldats inconnus de la Seconde Guerre mondiale.

À Marnes-la-Coquette, le Mémorial de l’Escadrille La Fayette garde le souvenir des aviateurs américains venus servir sous uniforme français avant l’entrée en guerre officielle des États-Unis. Sa crypte abrite 68 sarcophages en mémoire des aviateurs du Lafayette Flying Corps morts pendant la Première Guerre mondiale ; une partie d’entre eux y est inhumée, les autres y sont honorés par des cénotaphes.

Au 49 rue Pierre-Charron, la façade de l’ancien hôtel Pershing Hall rappelle la présence de l’American Legion à Paris. Cette association d’anciens combattants américains est née à Paris en 1919. Sa branche parisienne, Paris Post 1, existe toujours, même si le bâtiment historique n’abrite plus son siège.

@ Tripadvisor, Cimetière Américain de Suresnes
@ Tripadvisor, Cimetière Américain de Suresnes

Paris raconte aussi des fragments d’histoire américaine. Une plaque rue Jacob, une façade place de la Concorde, une tombe à Picpus, un cimetière à Suresnes, une statue sur l’Île aux Cygnes : ces repères sont parfois discrets, parfois très visibles.

En les regardant de près, on comprend que la relation entre la France et les États-Unis a laissé des traces concrètes dans la ville : dans la pierre, le bronze, les noms de rues et les lieux de mémoire.

Béatrix Benoist d'Anthenay

Rédactrice digital nomade, écrit pour le blog depuis 2019.

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