Game over pour l’attente : l’histoire du jeu vidéo a désormais son adresse officielle à deux pas de Paris !

Depuis la mi-décembre 2025, la ville d’Arcueil accueille le tout premier musée permanent dédié au patrimoine numérique, porté par l’association MO5. Adieu les expositions éphémères et les projets lointains : ici, on branche les consoles, on empoigne les joysticks et on sauvegarde l’histoire pour de bon. Plongée au cœur d’un sanctuaire où le pixel est roi avec le Lutèce du Parisien.

Musée du jeu vidéo @ https://mo5.com/
Musée du jeu vidéo @ https://mo5.com/

Manettes en main et nostalgie plein les yeux

Le froid de janvier n’aura pas suffi à doucher l’enthousiasme des premiers visiteurs qui se pressent sur le trottoir. À quelques minutes seulement de la porte d’Orléans, une ancienne mairie s’est métamorphosée en un sanctuaire pour les nostalgiques des jeux vidéo. Pour ceux qui auraient suivi de loin les annonces gouvernementales ou les rumeurs du web, levons immédiatement un doute : non, il ne s’agit pas du projet titanesque « Odyssée » prévu à Bussy-Saint-Georges pour 2028.

Ici, à Arcueil, nous ne sommes pas dans la promesse sur plan ou dans le complexe touristique de 11 000 m². Nous sommes dans le concret, l’associatif et le passionné. Ce nouveau lieu de 1 200 m² est déjà ouvert, prêt à accueillir ceux pour qui le jeu vidéo est bien plus qu’un simple divertissement : c’est un pan entier de notre mémoire collective. Après des décennies d’errance dans des hangars de stockage, le jeu vidéo a enfin posé ses valises (et ses innombrables câbles péritel) dans un lieu fixe, à deux pas du RER B.

MO5 : les gardiens du pixel et de la mémoire

Derrière cette prouesse, on retrouve les archéologues du numérique de l’association MO5.com. Pour comprendre l’importance de ce musée, il faut comprendre qui sont ces gens. Depuis 1996, ces bénévoles acharnés récupèrent, nettoient, testent et réparent ce que la société de consommation jetait autrefois à la benne sans un regard. Ils ont constitué l’une des plus grandes collections d’Europe, sauvant des machines rares que même les constructeurs d’origine n’avaient parfois plus dans leurs archives.

Ce n’est pas un musée au sens classique du terme, et c’est là toute sa force. On ne déambule pas entre des vitrines froides dans un silence de cathédrale. Les membres de MO5, chirurgiens du circuit imprimé, ont voulu un lieu vibrant. Le choix d’Arcueil, dans l’ancienne mairie du 10 avenue Paul Doumer, n’est pas un hasard. C’est un choix de proximité, un ancrage local qui reflète l’ADN de l’association : rendre cette culture accessible à tous, du curieux de passage au vrai gamer. Ici, on ne contemple pas l’objet, on redonne vie à sa fonction première : le jeu.

Musée du jeu vidéo @ room-game.fr
Musée du jeu vidéo @ room-game.fr

Un voyage dans le temps

Dès que l’on franchit le seuil, le voyage sensoriel commence. On oublie instantanément la course à la 4K, au ray-tracing et à la réalité virtuelle pour redécouvrir le grain si particulier, presque organique, des vieux écrans cathodiques. Le parcours nous propulse avec une efficacité redoutable de la fin des années 50 avec les tout premiers jeux sur oscilloscopes qui ressemblent davantage à des radars de sous-marins qu’à des divertissements jusqu’aux monstres de puissance actuels.

Le cœur de l’expérience, c’est le toucher. On y retrouve plus de 140 machines en accès libre, et ce chiffre n’est pas qu’une statistique sur une brochure. C’est le bruit : on entend le cliquetis caractéristique des claviers mécaniques des ordinateurs des années 80, comme les mythiques Commodore 64 ou l’Apple II. C’est la sensation : le plastique des joysticks qui a légèrement jauni avec le temps mais qui répond encore au quart de tour. C’est l’image : ces couleurs criardes, ces bips-bips iconiques qui ont le pouvoir de déclencher une madeleine de Proust chez n’importe quel visiteur de plus de trente ans.

La scène la plus touchante reste sans doute ce dialogue intergénérationnel permanent. Voir un enfant de 2026 s’acharner sur un niveau de Sonic the Hedgehog sur une Mega Drive d’époque, pendant que son père lui explique avec une fierté non dissimulée comment déclencher l’attaque tourbillon, c’est là toute la réussite du projet. On ne vient pas seulement voir des machines, on vient transmettre un savoir-faire et une culture.

Bye-bye l’éphémère : le jeu vidéo s’installe (enfin) dans la durée

Pour les Parisiens et les Franciliens, ce musée est bien plus qu’une nouvelle sortie culturelle ; c’est une revanche sur l’histoire. On se souvient encore, avec une pointe d’amertume, de l’aventure de 2010 à l’Arche de la Défense. À l’époque, un premier musée du jeu vidéo avait ouvert ses portes sur le toit de la Grande Arche. C’était magnifique, visionnaire, mais le destin (et un ascenseur capricieux tombé en panne pendant des mois) avait entraîné sa fermeture prématurée, laissant des milliers de passionnés sur leur faim.

On se rappelle aussi l’électrochoc de l’exposition « Game Story » au Grand Palais, à l’hiver 2011-2012. MO5 y était déjà à la manœuvre. Ce fut un succès colossal, une reconnaissance institutionnelle qui avait attiré des foules record, prouvant enfin aux yeux du monde que le jeu vidéo n’était pas un simple jouet pour enfants, mais un art à part entière. Depuis, nous avions dû nous contenter d’événements ponctuels, de conventions bondées ou de salons éphémères. Arcueil est la réponse définitive à ces quinze années d’attente. Ce n’est plus une démonstration de passage, c’est une installation pérenne, un « chez-soi » pour la culture geek.

Guide du joueur : comment valider votre ticket pour Arcueil ?

Pas besoin d’un code secret saisi à la manette pour accéder au niveau supérieur. Le musée se veut un lieu de vie, ouvert à tous, avec une tarification qui ne cherche pas à vider le portefeuille des familles. Situé au 10 avenue Paul Doumer à Arcueil, il s’intègre parfaitement dans la nouvelle dynamique du Grand Paris.

  • Accès : le trajet en RER B jusqu’à la station Laplace est d’une simplicité enfantine. C’est à peine plus long que de traverser le Marais un samedi après-midi de soldes !
  • L’ambiance : les après-midis du mercredi et du week-end sont les plus animés. Si vous cherchez un peu plus de calme pour tester des micro-ordinateurs rares, privilégiez les créneaux matinaux s’ils sont disponibles lors de votre réservation.
  • Le conseil du Lutèce : prenez le temps de discuter avec les bénévoles. Ils ont des anecdotes incroyables sur la façon dont ils ont récupéré telle ou telle borne d’arcade au fond d’un café désaffecté ou sauvé une console prototype d’une destruction certaine.

Play again !

Le jeu vidéo français a enfin trouvé sa mairie, son conservatoire et son terrain de jeu permanent. Entre nostalgie pure pour les anciens et découverte technologique pour les plus jeunes, le musée de MO5 réussit le pari difficile de rendre l’histoire interactive. On en ressort avec des fourmis dans les doigts et l’envie immédiate de rebrancher sa vieille console restée au grenier.

Alors, avant que la routine ne reprenne le dessus, prenez votre pass Navigo, embarquez vos amis ou vos enfants, et allez claquer quelques scores. Le patrimoine numérique n’attend plus que vous pour sortir définitivement du mode pause. La partie ne fait que commencer.