Paris, 1789. La ville gronde avant même de crier. Les rues se remplissent. Les idées circulent plus vite que les carrosses. On parle de pain, d’impôts, de liberté. Ici, tout bascule. La Révolution française ne naît pas dans les livres, mais sur les places, dans les jardins, derrière les grilles des palais. Paris devient alors le centre d’un séisme qui dépasse ses frontières. Ce qui se joue ici va changer l’Europe, puis le monde. Aujourd’hui, ces lieux existent toujours. On les traverse sans y penser. Pourtant, chaque pavé raconte une colère, un espoir, une chute. Il suffit de marcher pour les entendre. Pas besoin de manuel. Juste de lever les yeux et de suivre les traces.

Quand Paris commence à gronder

Tout commence ici. À la Bastille. Le 14 juillet 1789, la forteresse tombe. Moins pour ses prisonniers que pour ce qu’elle incarne. Un pouvoir qui enferme. Un symbole qui s’écroule. Aujourd’hui, il ne reste plus de murs. La colonne de Juillet domine la place. Des pavés marquent au sol l’emplacement de l’ancienne prison. Mais l’imaginaire, lui, résiste. C’est là que Paris a compris qu’il pouvait renverser l’ordre établi.
Quelques rues plus loin, le Palais-Royal bruisse d’un autre feu. Pas celui des armes. Celui des mots. Sous les galeries, dans les jardins, les cafés débordent. On lit des pamphlets. On discute politique. On s’échauffe. Les idées circulent librement, parfois plus vite que les soldats. Camille Desmoulins y appelle à l’insurrection. Ici, la Révolution ne frappe pas encore. Elle murmure, elle gronde, elle s’organise. Entre la Bastille et le Palais-Royal, Paris passe de la colère à la conscience.
La place où l’on ne crie plus
La Révolution accélère, puis dévore. Place de la Concorde, autrefois place de la Révolution, la guillotine s’installe. Entre 1793 et 1794, plus de 1 200 exécutions ont lieu ici. Louis XVI. Marie-Antoinette. Des nobles, des révolutionnaires, des anonymes. La foule regarde. Le choc est immense. Paris bascule dans la Terreur. Aujourd’hui, l’obélisque trône au centre de la place. Les voitures passent. Rien n’indique la violence qui s’est jouée là. Pourtant, le sol garde la mémoire.
À l’est de la ville, le ton change. Le cimetière de Picpus impose le silence. Derrière ses murs, plus de 1 300 victimes de la Terreur reposent dans deux fosses communes. Pas de mise en scène. Pas de monument spectaculaire. Juste des noms, des familles, et la tombe de Lafayette. Ici, la Révolution cesse d’être un mythe. Elle devient humaine. Fragile. Mortelle. Un lieu pour ralentir, respirer, et mesurer le prix payé.

Quand la Révolution juge et consacre
La Révolution ne se joue pas seulement dans la rue. Elle se décide aussi derrière des murs épais. À la Conciergerie, sur l’Île de la Cité, le temps s’étire. Ancienne prison révolutionnaire, le lieu enferme ceux que le tribunal expédie vers l’échafaud. Les procès durent parfois quelques heures. La justice tranche vite. Trop vite. Dans ces cellules passent Marie-Antoinette, Danton, Robespierre. Ici, la Révolution juge autant qu’elle libère.

Quelques kilomètres plus au sud, le Panthéon raconte une autre facette du bouleversement. L’ancienne église devient un temple laïque. On n’y célèbre plus Dieu, mais la Nation. Voltaire, Rousseau, puis d’autres figures entrent dans la mémoire collective. Le geste est fort. La Révolution ne détruit pas seulement l’ordre ancien. Elle invente de nouveaux repères. Entre la Conciergerie et le Panthéon, Paris passe de la peur au principe. De la sanction à l’idée. De la foule au droit.
Les cicatrices de la ville
La Révolution ne se limite pas aux grands monuments. Elle se cache aussi dans des détails que l’on ne regarde plus. Rue Saint-Honoré, la façade de l’église Saint-Roch porte encore les impacts de balles. En 1795, Bonaparte y fait tirer au canon pour disperser les insurgés. La pierre garde la trace de cette violence sèche, sans discours.
Plus à l’est, la place de la Nation raconte une autre histoire. On l’appelait alors la place du Trône-Renversé. La guillotine y fonctionne aussi. Le décor a changé, les statues ont remplacé l’échafaud, mais le symbole reste. Ces lieux ne cherchent pas à impressionner. Ils rappellent. Ils s’insèrent dans le Paris quotidien, entre une boulangerie et un feu tricolore. La Révolution s’y glisse discrètement. Elle accompagne encore les trajets, les habitudes, les détours. Paris continue d’avancer, mais son histoire marche à ses côtés.

Parcours Révolution : une autre manière d’explorer l’histoire
Si vous avez envie d’aller plus loin, Paris propose aussi des outils pour explorer la Révolution à votre rythme. Le projet Parcours Révolution met à disposition une application gratuite qui recense plus de 120 lieux liés à cette période, répartis en 16 balades thématiques. L’idée reste simple : marcher, écouter, observer. Pas de guide à suivre, pas de timing imposé. Vous choisissez un quartier, une durée, un angle. Certaines balades conviennent très bien aux familles, d’autres s’adressent aux curieux qui aiment creuser. C’est une bonne option pour transformer une promenade du dimanche en parcours historique, sans pression ni ton scolaire. À tester quand l’envie vient, pour compléter une balade ou prolonger la découverte, sans obligation de tout faire. Paris se lit aussi à petites doses.
Paris, version 1789, à pied
Si tout cela donne envie de sortir marcher, autant le faire dans le bon ordre.
Pour suivre les traces de la Révolution à Paris, mieux vaut arrêter de zigzaguer. La ville se lit très bien d’est en ouest, en suivant un fil logique. Ce parcours traverse des quartiers cohérents et évite les allers-retours inutiles. Comptez 4 à 5 km, 2 h 30 à 3 h, à votre rythme.
- Bonus : cimetière de Picpus (optionnel, mais fort)
Si vous voulez commencer par le silence avant le tumulte, débutez au cimetière de Picpus, dans le 12ᵉ. C’est l’un des lieux les plus émouvants liés à la Terreur. Plus de 1 300 victimes y reposent dans des fosses communes. Lafayette y est enterré.
Attention : le site n’ouvre que l’après-midi (14 h – 17 h) et reste fermé le dimanche.
Dans ce cas, commencez ici, puis prenez la ligne 1 (Nation ou Picpus) pour rejoindre Bastille en quelques minutes.
- Place de la Bastille : le point de départ symbolique
Même sans la forteresse, tout commence ici. Le 14 juillet 1789, la Bastille tombe. Aujourd’hui, les pavés dessinent encore son emprise. Prenez le temps de regarder le sol. La Révolution démarre souvent là où on ne regarde plus.
- Le Panthéon : honorer les grands hommes
Traversez le Marais vers le sud ou prenez le bus 96 pour rejoindre le Quartier latin. Le Panthéon incarne la Révolution qui s’installe. On ne détruit plus, on consacre. Voltaire, Rousseau, puis plus tard les figures de la République.
- La Conciergerie : l’attente avant la chute
Descendez la Montagne Sainte-Geneviève vers la Seine. Sur l’Île de la Cité, la Conciergerie reste l’un des lieux les plus lourds du parcours. Prison révolutionnaire, elle enferme Marie-Antoinette, Danton, Robespierre. Ici, le destin bascule.
- Palais-Royal : la révolution avant la révolution
Traversez le Pont au Change et gagnez le Palais-Royal. Jardins, cafés, galeries. C’est ici que les idées circulent plus vite que les soldats. Les mots précèdent les actes. La Révolution s’échauffe avant d’exploser.
- Église Saint-Roch : la Révolution gravée dans la pierre
Remontez la rue Saint-Honoré. La façade de Saint-Roch porte encore les impacts de balles. En octobre 1795, Bonaparte y fait tirer au canon pour mater l’insurrection. La Révolution ne se raconte plus : elle se voit.
- Place de la Concorde : le point final
Terminez ici. Ancienne place de la Révolution. Guillotine installée. Plus de 1 200 exécutions, dont Louis XVI et Marie-Antoinette. Aujourd’hui, la circulation et l’obélisque ont remplacé l’échafaud. Mais le lieu n’a rien oublié.

Conseils pratiques pour profiter de votre parcours sans courir
- Le seul vrai saut à faire en transport : Picpus → Bastille. Le reste se fait très bien à pied.
- Une pause idéale : le Quartier latin ou les jardins du Palais-Royal.
- Pour tout faire sereinement : commencez le matin… ou inversez le parcours si vous tenez à Picpus l’après-midi.
👉 Ce tracé transforme la Révolution en ligne continue, lisible, respirable. Paris se traverse, l’histoire se ressent.
Paris ne raconte pas la Révolution dans un musée fermé. Elle la laisse vivre dehors, au coin des rues, sur les places, dans la pierre. Il suffit de marcher pour la croiser. Une façade marquée. Une place trop calme. Un jardin qui a vu gronder les idées. Ce passé n’a rien de figé. Il accompagne encore les trajets du quotidien. La prochaine fois que vous traversez Paris sans but précis, ralentissez. Regardez autour de vous. Vous marchez peut-être exactement là où l’histoire a changé de direction.