Expo Frida Kahlo : mode résiliente

L’exposition Frida Kahlo, au-delà des apparences a pris ses quartiers au Palais Galliera depuis le 15 septembre 2022. L’occasion pour les visiteurs d’entrer dans l’intimité de l’artiste et de comprendre comment elle s’est construit une identité à travers la manière de se présenter et de se représenter. Une exposition à succès qui rend hommage à l’une des artistes les plus influentes du 20ème siècle.

Frida Kahlo, icône culturelle

Pour la première fois en France, cette exposition consacrée à l’artiste-peintre mexicaine propose tout d’abord de remonter le temps et de revivre son enfance, une enfance marquée par la révolution nationale et la maladie. En effet, à l’âge de 6 ans, Frida Kahlo est touchée par la poliomyélite, une maladie du système nerveux causant des paralysies irréversibles, qui lui vaudra une santé fragile tout au long de sa vie. Pour ne rien arranger, à l’âge de 18 ans, elle est victime d’un grave accident de bus. Alors qu’elle rentre de l’école, celui-ci percute un tramway. Frida est gravement blessée et devra subir de nombreuses interventions chirurgicales. C’est pendant sa convalescence qu’elle se met à peindre, alors même qu’elle est encore alitée. C’est ainsi que l’autoportrait devient l’un de ses exercices favoris lui permettant de s’occuper lors des moments de récidive des douleurs et des paralysies l’obligeant à rester enfermée chez elle. Des périodes parfois longues et marquées par la solitude. L’artiste disait d’ailleurs « je me peins moi-même parce que je suis si souvent seule ». Et pour ce faire, Frida Kahlo disposait des miroirs dans tous les recoins de la Casa Azul, la maison ou elle est née et a grandi. The Frame (Le Cadre en français), célèbre autoportrait de l’artiste appartenant à l’État français, est d’ailleurs à découvrir à l’occasion de l’exposition.

Cette première partie présente de nombreuses photos de famille, lettres et autoportraits, qui nous font pénétrer dans la vie de l’artiste et retracer son évolution de petite fille à jeune femme années après années. Une partie nous a particulièrement plu, celle du passage de l’artiste à Paris, alors invitée par André Breton qui souhaite présenter son travail dans la capitale française en 1939. Dans cette exposition collective baptisée Mexique, 18 de ses œuvres sont montrées au public mais les félicitations et l’admiration de ses pairs tels que Miro, Picasso ou encore Kandinsky ne vont pas droit au cœur de l’artiste qui qualifie ces-derniers de « grands cacas du surréalisme ». Avec son esprit libre, rebelle et indépendant, Frida Kahlo n’a jamais pu se rallier ni s’identifier à ces groupes d’artistes parisiens surréalistes dont elle se sentait si éloignée, autant artistiquement, qu’intellectuellement ou culturellement.

Frida Kahlo, icône de mode

En étroite collaboration avec le Museo Frida Kahlo, l’exposition rassemble plus de 200 objets provenant de la Casa Azul, dont de nombreux vêtements, accessoires, cosmétiques et prothèses médicales. Ces effets personnels mis sous scellés au décès de l’artiste en 1954 par son mari, le peintre muraliste mexicain Diego Rivera, ont été redécouverts en 2004. De cette précieuse collection sont présentés ici des robes traditionnelles Tehuana et des colliers précolombiens que Frida collectionnait. Pour l’artiste, ces parures étaient un excellent moyen de transmettre la culture matriarcale de Tehuantepec à laquelle elle s’identifiait. Ces blouses brodées, ces longues jupes et ces châles tissés faisaient partie intégrante de son art et de son identité tout en lui servant à cacher sa jambe amputée. Outre les vêtements, ce sont aussi, et surtout, des exemplaires de corsets et de prothèses qui marquent le pic de la visite et de la plongée dans la garde-robe et la vie intime de l’artiste. Ces objets incarnent toute l’essence de cette exposition qui a pour objectif de montrer au public la résilience de cette artiste qui a su faire de son handicap un terrain d’exploration de son art et de sa créativité. Et oui, l’incroyable collection de corsets peints à la main par Frida Kahlo ne peut que forcer l’admiration des visiteurs. En effet, l’artiste a su transformer ces appareils médicaux en accessoires, des accessoires qui ont forgé son identité et lui ont permis de s’émanciper. Ainsi, tout au long de sa vie, Frida Kahlo a su contrôler son image, tantôt en affichant, tantôt en dissimulant ses handicaps.

Jusqu’au 31 décembre 2022, l’exposition se prolonge avec une exposition-capsule illustrant l’influence de l’artiste sur la mode contemporaine et rend hommage à son statut d’icône de mode, d’artiste et de femme. Une femme qui continue encore aujourd’hui de susciter l’admiration et de nourrir une source inépuisable d’inspiration pour les designers du monde entier. Vous aurez l’occasion d’y découvrir des pièces signées Alexander McQueen, Jean Paul Gaultier, Karl Lagerfeld, Maria Grazia Chiuri ou encore Rei Kawakubo.

L’avis du Lutèce du Parisien : une exposition unique, riche, intimiste et émouvante : à ne pas manquer ! Comptez environ 2h de visite et surtout, ne vous rendez pas au musée sans avoir réservé !

Céline Coelho

Informations pratiques :

Palais Galliera, musée de la Mode de la Ville de Paris

10, Avenue Pierre Ier de Serbie, Paris 16ème

15€ (tarif plein), 13€ (tarif réduit), gratuit pour les moins de 18 ans

Réservation vivement recommandée


A propos Céline Coelho

Rédactrice digital nomade, écrit pour le blog depuis 2019.

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