Être joyeux comme un café !

Le Café Joyeux, une nouvelle chaîne de restauration, a fait le pari d’embaucher presque exclusivement des salariés atteints d’un handicap mental. Vous en doutez ? Pourtant, c’est possible ! La preuve…

La joie, souvent, est fugace. D’abord elle apparaît, fulgurante. Elle illumine, instant de grâce dans le galop de la vie ou la grisaille d’un quotidien. C’est selon. Elle dure plus ou moins longtemps mais, pendant ce laps de temps, on en profite avec intensité. Puis elle disparaît aussi vite qu’elle est arrivée. Voilà pour la sensation.

Mais il existe aussi des lieux qui souhaitent l’incarner, éperdument, effrontément. Comme un pied de nez à la fatalité et histoire de faire mentir, grâce à elle, l’image – mauvaise –que la société a du handicap. La joie, les fondateurs du Café Joyeux, ont décidé d’en faire leur leitmotiv, un art de vivre, une façon de se positionner dans la vie. Le dicton “Quand on veut, on peut”, surtout quand il s’agit d’en exprimer le meilleur, prend ici tout son sens.

Curieux café

Donc, un vendredi, pour fêter la fin de la semaine qui se prépare, j’ai décidé de pousser la porte de l’un de ces curieux cafés qui annoncent déjà la couleur par leur nom. Leur particularité : les salariés sont pour la majorité d’entre eux atteints de handicap mental ou de troubles cognitifs (trisomie 21, autisme, déficience mentale). Des Cafés Joyeux, il y en a un à Rennes – le tout premier –, un à Bordeaux et trois autres à Paris : rue Saint-Augustin, tout à côté de l’Opéra, passage Choiseul, dans le IIe arrondissement, et avenue des Champs-Élysées. C’est là que je choisis d’aller déjeuner. Pas à cause de son adresse dans un endroit prestigieux mais parce que, des trois établissements parisiens, c’est le seul qui reste ouvert pendant la période estivale. Il se trouve tout près de l’Arc de Triomphe. Impossible de le rater !

Jaune comme Joie

On m’accueille d’un grand “Bonjour ! Bienvenue !”. Tout paraît gigantesque, là-dedans. Ce qui capte mon regard, c’est cette étagère géante qui grimpe jusqu’au plafond, fabriquée, me semble-t-il, avec du bois de récup’. Il y a aussi des produits estampillés “Café Joyeux” : des sacs, des tee-shirts, des badges, des tote bags – ces sacs fourre-tout à la mode –, des tabliers avec des inscriptions : “Je suis joyeux” ; “Ma différence, c’est ma force” ou “Joyeux servi avec le cœur”, l’item qui revient le plus souvent. L’enseigne a choisi deux couleurs, le noir, sans doute pour souligner qu’il s’agit d’un café, et le jaune, pour faire contraste, jaune comme le soleil qui réchauffe, qui donne la joie. Mais là, je divague, je me perds dans mes élucubrations !

Menus “healthy”

Quelques clients sont encore attablés. Pour ma part, j’ai dépassé l’heure du déjeuner et j’ai faim. On m’accueille, forcément avec le masque. Une jeune femme m’explique que je dois passer ma commande au comptoir. Comme j’ai du mal à comprendre ce qu’elle me dit, une autre vient en renfort, probablement son accompagnatrice. Celle-ci me fait “un état des lieux” en m’expliquant ce que propose l’établissement. Je retiens en particulier le menu à 19,90 euros dans lequel je peux choisir entrée-plat ou plat-dessert, avec chaque fois une boisson.

Les préparations ont l’air “healthy” : quiches, salades, tartes, crumble, salades de fruits… impossible de tout énumérer. Et tout est fait maison. Dans la cuisine, ouverte sur la salle, on aperçoit d’ailleurs les cuisiniers qui s’activent.

Mon interlocutrice explique à la première, celle qui m’a reçue, qu’elle doit enregistrer ma commande sur sa tablette. Elle lui parle de façon très douce, sans manifester d’impatience mais tout en restant ferme. La jeune femme s’exécute. Elle est consciencieuse. Je vois qu’elle veut bien faire, ne pas décevoir.

Sourire des yeux

Tout me donne envie. Je me décide pour une quiche aux épinards et un crumble aux fruits rouges. En plus de la bouteille d’eau, je m’offre le jus du moment – concombre, gingembre et pas mal d’autres choses – à 7 euros. Un jus “détox” qui draine bien l’organisme. On me donne un support avec un numéro et je vais m’installer près de l’entrée. La salle est climatisée, ce qui est un véritable bonheur quand, dehors, c’est la canicule. Les enceintes diffusent une musique qui swingue et qui donnerait presque l’envie de danser aux plus réfractaires à ce genre d’activité. Malheureusement, le niveau de décibels est beaucoup trop élevé à mon goût. Dommage !

Après quelques minutes d’attente, un jeune homme masqué (toujours) et ceint d’un tablier proclamant “Joyeux servi avec le cœur” arrive avec ma commande. Il cherche mon numéro, le trouve, s’avance. Ses yeux sourient. Il montre à la fois sa joie… et la photo qui nous surplombe. Une immense affiche sur fond jaune. C’est lui en costume, une tasse à la main et un immense sourire (joyeux) illuminant son visage. Il dépose mon menu devant moi, récupère le support numéroté et me souhaite un “très bon appétit”, avec toujours ce sourire des yeux.

Jus “détox” et joie bienfaisante

Dehors, un de ses collègues distribue des tracts et invite les passants à entrer. Parfois, les serveurs dansent, se charrient gentiment. La joie est palpable, douce, bienfaisante. De l’extérieur, rien ne distingue ce café d’un autre. Sauf l’ambiance… et c’est ce qui fait toute la différence. C’est ce qu’ont peut-être voulu ses fondateurs : créer un lieu singulier qui affiche toute de suite le ton avec des gens considérés comme différents, parce que handicapés. En fin de compte, s’ils le sont, c’est aussi sans doute en raison de ce regard que nous, les “normaux”, portons sur eux. Les objectifs de cette belle initiative : redonner confiance et changer les regards. Mais pas que : au-delà d’insérer le handicap au cœur de la ville, le but est de permettre à tout à chacun, quelle que soient ses différences et ses origines, d’avoir un travail, et de mener une vie (presque) comme les autres.

Le pari est réussi. Tiens, ça mérite un autre jus “détox” pour arroser ça !

Pour en savoir plus :

https://www.cafejoyeux.com

Marina Al Rubaee


A propos Marina Al Rubaee

Rédactrice
Auteur de Les Aidants familiaux pour les Nuls (2017) et Il était une voix ... (2019).

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