La Commune de Paris, quelles empreintes sur la ville Lumière ?

L’année 2021 signe les 150 ans de la Commune de Paris. Ce mouvement révolutionnaire n’aura duré que 72 jours, un laps de temps cependant suffisant pour marquer à jamais le visage de Paris. Petit rappel des traces laissées par l’Histoire sur la ville Lumière.

 La Commune de Paris en bref

En septembre 1870, la France est loin d’être à son apogée, Napoléon abdique et Paris est assiégé par les Prussiens. En janvier 1871, quelques jours après la proclamation de l’empire allemand à Versailles, l’armistice franco-allemand laisse un goût d’amertume. Les ouvriers parisiens, qui se sont battus pendant de long mois contre les soldats prussiens, vivent mal cette défaite. Rapidement, le peuple se soulève, rejoint par la Garde nationale. La « Commune » s’instaure et souhaite défendre coûte que coûte la République en s’opposant à l’Assemblée monarchiste. Le Conseil municipal est élu et s’installe à l’Hôtel de Ville, la Commune s’organise avec un contre-gouvernement. L’insurrection s’étendra sur 72 jours avant d’être réprimée par les troupes versaillaises pendant la Semaine sanglante. Plus de 20 000 Communards perdent la vie, ce bilan funeste marque profondément l’Histoire de France.

Les lieux de l’Histoire

La butte Montmartre ouvre le bal, c’est à cet endroit que débute l’insurrection. Le 18 mars 1871, les soldats prennent d’assaut la butte, qui constitue également l’emplacement des canons de la Garde nationale. Barricades et coups de feu martèlent le décor. C’est également à cet emplacement, après la Commune, qu’on choisira de construire le Sacré-Cœur, monument aujourd’hui iconique du quartier et de Paris, le choix du lieu aura cependant suscité de nombreux débats, en partie à cause de l’Histoire.

Le nouveau conseil municipal, créé sous la Commune, prend possession de l’Hôtel de Ville et s’y installe. Lors de la semaine sanglante, ce lieu hautement parisien sera brûlé. La bibliothèque et toutes les archives de Paris, alors stockées à l’Hôtel de Ville seront détruites. Tous les actes civils parisiens ainsi que les actes originaux d’avant l’incendie sont perdus à jamais.

Le cimetière du Père-Lachaise sera le terrain des derniers combats de cette sinistre période. Barricades et combats seront également bien présents dans le quartier du 19ème arrondissement parisien et du 20ème. On estime que 200 fédérés seront fusillés, dos au mur d’une partie de l’enceinte du cimetière, au nord-est. Encore aujourd’hui, en vous promenant dans le quartier, vous pouvez apercevoir une plaque commémorative gravée « Aux morts de la Commune, 21-28 mai 1871 ».

La Butte-aux-Cailles, dans le 13ème arrondissement, a servi de poste d’artillerie, pas moins de 20 canons ouvraient le feu jusqu’à la place Denfert, attaquant les positions versaillaises.

La Commune de Paris décide de démolir la colonne Vendôme, monument érigée à la gloire de Napoléon et symbole de fausse gloire aux yeux des révolutionnaires. À la suite de cette destruction, Gustave Courbet, le célèbre peintre français, sera accusé par la presse d’être à l’origine de la destruction de la colonne, il le paiera cher. En mai 1873, le nouveau président de la République, Mac-Mahon, décide de faire reconstruire la colonne … aux frais de Gustave Courbet ! Ce dernier se retrouve condamné à payer les frais de construction, ruiné et craignant pour sa liberté, le peintre français s’exilera en Suisse. La colonne sera reconstruite et achevée en 1875, sous le même visage sous lequel nous pouvons l’admirer aujourd’hui. Et clin d’œil à l’Histoire : Napoléon trône en bonne place en haut de la colonne !

De célèbres monuments parisiens incendiés ou détruits

La guerre civile a fait de nombreux dégâts. Les Communards n’ont pas hésité à allumer de nombreux incendies pour retarder l’avancée des Versaillais ou tout simplement en représailles. Parmi les emblèmes de la capitale parmi en fumée, on compte l’Hôtel de Ville (héritage de la Renaissance), le ministère des Finances, le théâtre du Châtelet, les docks de la Villette, le siège de la Cour des comptes et du conseil d’État, le palais des Tuileries, le palais d’Orsay ou encore le palais de Justice gothique. Une trentaine de bâtiments aurait disparu pendant cette guerre civile.

Une ville qui renaît de ses cendres

Certains monuments symboliques de Paris ont failli périr dans la bataille mais s’en sont finalement tirés à bon compte. Les Archives nationales, le Louvre, la Sainte-Chapelle ou la cathédrale Notre-Dame ont été sauvés de justesse. Le Louvre et la Sainte-Chapelle ont tout de même été arrosés de pétrole et Notre-Dame a souffert d’un début d’incendie, maîtrisé à temps grâce à la proximité de l’hôpital de l’Hôtel Dieu où des internes ont éteint les flammes.

Ces destructions sont cependant l’occasion de recréer :

  • Le ministère des Finances est vendu, la société qui l’achète décide d’en faire un hôtel de luxe : le fameux Hôtel Continental édifié à partir de 1876.
  • Le palais d’Orsay deviendra une gare, située en plein cœur de la capitale et très moderne. C’est la compagnie du chemin de fer d’Orléans qui rachète le palais d’Orsay en 1897. La société crée également un hôtel dans le même lieu, pour accueillir les hommes d’affaires ou autres touristes.
  • Le palais des Tuileries est définitivement perdu, cependant, les incendies offrent de nouvelles perspectives : on lance un projet pour améliorer la circulation en plein cœur de Paris qui permet de traverser d’une rive de la Seine à l’autre beaucoup plus facilement.

Cet épisode de l’Histoire française, parfois oublié, a laissé des traces indélébiles sur le paysage parisien. La Commune de Paris a en effet entraîné la destruction de nombre de bâtiments, d’autres ont cependant su trouver leur place.

Béatrix Benoist d’Anthenay


A propos Béatrix Benoist d'Anthenay

Rédactrice depuis 2019.

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